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L’art de prendre de bonnes décisions (1)

Il ne se passe pas une semaine sans qu’un ou plusieurs de mes coachés me demandent :
« Dis-moi Jean-Yves, comment être certain(e) que je prends la bonne décision ? »

Nul doute que vous vous posez aussi souvent cette question

Selon le Dr Spencer Johnson, auteur du livre « Oui ou non, l’art de prendre les bonnes décisions »,  nos décisions malheureuses reposent sur des « illusions, une perception erronée de la réalité ».  Alors que les bonnes décisions sont le fruit d’une appréciation globale de la situation.

Intéressons-nous au processus décisionnel, puis étudions ensemble une méthode qui vous permettra à coup sûr  de faire des choix plus pertinents,  de prendre meilleures décisions.

Comprendre la prise de décision

Les découvertes d’Antonio Damasio, célèbre neurologue et neuroscientifique, sur le fonctionnement du cerveau et la prise de décision ont marqué de façon spectaculaire ce champ d’études des neurosciences. Selon sa théorie, le corps et l’esprit ne font qu’un. En conséquence, on ne peut délibérer, raisonner, choisir et décider sans faire référence à nos émotions et à notre état corporel.  Les recherches récentes sur les neurones présents tant dans nos intestins que dans notre cœur démontrent toute leur importance. Cette complémentarité s’exprime au travers des réactions physiologiques associées à des événements antérieurs ayant eu une forte valence émotionnelle.  Ces marqueurs corporels, que Damasio appelle « marqueurs somatiques », fonctionnent comme des signaux pour nous rappeler l’émotion vécue lors d’une expérience antérieure similaire.

Cerises, plaisir ou désagrément ?

Imaginez qu’étant enfant vous ayez mangé un fruit à l’excès, des cerises par exemple, que vous en ayez été malade et que depuis cette expérience vous ayez renoncé à en avaler une seule.   Si on vous invite à venir manger une tarte aux cerises, il y de forte chance que vous allez refuser.  A contrario, si votre souvenir est le plaisir de grimper dans les arbres, d’avoir ramassé de grandes quantités de ces fruits, de les avoir partagés et dégustés en riant avec vos amis, cette invitation va certainement vous combler.

Faire appel à ses trois cerveaux pour mieux décider.

Afin de comprendre ce qui se passe dans notre tête et notre corps lorsque l’on veut prendre une décision, rappelons que nous avons trois cerveaux qui travaillent de concert.  Le cerveau logique (néocortex) consulte le cerveau limbique (mémoire et émotions) pour établir un lien entre la situation actuelle et des situations passées. Il va chercher la référence affective avant de décider.  Toutefois, les décisions demandent également que l’on ressente les choses dans notre corps (cerveau reptilien). Ainsi lors d’une décision, nos trois cerveaux établissent un dialogue entre raison, émotions et sensations corporelles viscérales.

En matière de prise de décision, il ne peut être fait appel à la seule raison, il est indispensable d’ «interroger son cœur» et un élément encore plus difficile à cerner : l’intuition.

Une enquête menée, auprès de 13.000 cadres dirigeants,  à la fin des années 90 par Jagdish Parikh, chercheur de Harvard, met en avant l’efficacité de la méthode intuitive.  En effet, 80% des cadres interrogés attribuent leurs succès à leur intuition.  Nous verrons dans un prochain article comment vous pouvez la développer.

Dès lors, comment prendre concrètement de meilleures décisions ?

La prise de décision en pratique.

1° Prendre du recul

Si vous êtes dans une situation où les résultats ne sont pas à la hauteur de vos attentes, la première chose à faire, c’est d’interrompre le cours de la décision antérieure responsable de cette situation.  Vous créerez ainsi un vide qui ne pourra être rempli que par une solution plus adaptée.

Faîtes l’inventaire de la situation ; quelle est la nature du problème que vous voulez régler ou quel est le paramètre que vous aimeriez améliorer ?

Généralement vous aurez le choix de ne rien faire, de rechercher des moyens pour agir ultérieurement, ou d’envisager directement différentes pistes d’actions concrètes.

Le Dr Spencer Johnson nous invite à « éviter l’indécision et les demi-décisions fondées sur des demi-vérités ».

2° Interroger la raison.

La plupart du temps, de manière inconsciente, nous prenons nos décisions en privilégiant les émotions et en justifiant nos choix par des données rationnelles.  Les publicitaires l’ont très bien compris.  Pour nous vendre une voiture, on nous propose d’abord un atout de séduction, une aventure sportive, une expérience agréable pour toute la famille, un voyage dans le futur, … bien avant de nous vanter les caractéristiques techniques du véhicule.

Pour améliorer notre prise de décision, le Dr Spencer Johnson nous invite à nous poser trois 3 questions :

  • Quel est mon besoin véritable ?
  • Est-ce que ma décision permet d’y répondre ?
  • Est-ce que je possède suffisamment d’informations pour anticiper la conséquence de ma décision et des actes qui en découlent ?

Quel est mon besoin véritable ?

L’erreur serait ici de prioriser le désir de l’instant sur le besoin véritable.  Les désirs sont de simples souhaits, les besoins sont des nécessités.

Pour l’éviter, il est préférable de se concentrer sur son besoin et utilisant la visualisation et plus particulièrement le ressenti que procurent les résultats dont nous avons besoins.

Imaginons que vous ayez un million à investir.  Si votre besoin est de vivre dans un grand confort, quelle expérience vous procure le plus de satisfaction : acheter une splendide maison pour un montant équivalent à votre budget ou acheter trois appartements dont les revenus locatifs vous permettront de louer un bien qui répondent à tous vos critères de standing et de confort et qui en plus vous laisseront un budget suffisant pour un beau voyage en famille ou une réserve intéressante en cas de coup dur ?

Est-ce que ma décision permet d’y répondre ?

Ma décision est-elle un véritable engagement envers tout ce qui contribue à atteindre mon but et un renoncement à tout le reste ?  Si je ne suis pas prêt(e) à renoncer à certaines conséquences de mes choix, soit mon besoin initial est mal défini, soit un autre besoin doit également être pris en compte.  Par exemple, si je décide de réorienter ma carrière mais qu’en même temps j’ai un besoin important de sécurité, ma décision devra tenir compte à la fois du besoin d’épanouissement professionnel et de sécurité.

Est-ce que je possède suffisamment d’informations pour anticiper la conséquence de ma décision et des actes qui en découlent ?

Du besoin de s’informer

S’informer c’est prendre conscience de l’éventail d’options qui nous échappent. Grâce aux informations ciblées que nous rassemblons, nous sommes plus au fait des possibilités qui nous sont offertes.

Ayez le réflexe de multiplier et d’explorer les possibilités offertes par les informations recueillies.  Et d’interroger les sources, les personnes qui ont déjà réussi dans la voie que vous souhaitez emprunter.

Si la possibilité est unique, cela s’appelle une impasse.  Si vous en possédez deux, vous êtes face à un dilemme.  A partir de trois, vous détenez réellement un choix.

Toutefois, choisir c’est renoncer.  Dès lors, pour ne pas vivre ce choix comme une expérience désagréable, Philippe Gabilliet, conférencier et Professeur de Psychologie et de Management notamment à ESCP Europe, nous invite à le considérer comme une liberté qui s’exprime à  3 niveaux :

  • la liberté de partir ou non à l’exploration de nouveaux territoires,
  • celle d’entrer ou non en relation avec d’autres personnes, d’aller à leur rencontre, d’interagir avec elles,
  • enfin, celle de prendre telle direction, continuer ou renoncer, dire oui ou non.

Ayez le réflexe de multiplier et d’explorer les possibilités offertes par les informations recueillies.  Et d’interroger les sources, les personnes qui ont déjà réussi dans la voie que vous souhaitez emprunter.

Conseil : Ne vous embarrassez pas d’informations inutiles

« La profusion d’informations engendre une pauvreté de l’attention » résume le prix Nobel d’économie Herbert Simon. Les chercheurs en neurosciences ont ainsi observé que plus nous amassons des données sur un sujet, plus nous courrons le risque de nous éloigner de l’essentiel. Il devient alors difficile de distinguer ce qui est vraiment important de ce qui ne l’est pas.

 

Du besoin d’anticiper les conséquences

Rester positif tout en étant conscient du challenge est assurément une clé essentielle d’une bonne décision.

L’idée est de ne sombrer ni dans le pessimisme ni dans l’optimisme naïf.

Le Dr Spencer Johnson nous invite à se poser ces 3 questions :

  • Si je mets ma décision en application, que se produira-t-il ? Et ensuite ? Mais encore ?
  • Quel pourrait être le pire résultat pour moi et pour les autres ? (Prenez le temps de visualiser cette expérience).
  • Quel pourrait être le meilleur résultat pour moi et pour les autres ? (Prenez également le temps de visualiser cette option).

En étant conscience des conséquences possibles, cette manière de répondre à mon besoin est-elle écologique pour moi et mes proches ?  Si vous estimez que c’est le cas, alors vous êtes prêts à passer à l’étape suivante.  A défaut, il est probablement nécessaire d’explorer d’autres pistes.

Conseil : La perfection n’existe pas !

Attendre d’obtenir toutes les informations qui puissent vous garantir « la décision parfaite » équivaut à ne pas prendre de décision.  Il serait utile de s’interroger si cette temporisation n’est pas liée à une forme de procrastination.

D’autre part, nous vivons dans un environnement en perpétuel changement.  Ce qui représente la décision idéale aujourd’hui peut s’avérer totalement différente dans un avenir plus ou moins lointain.

Comme nous l’avons vu, interroger la raison ne suffit pas.  Aussi, dans notre prochain article, nous verrons comment utiliser notre corps, nos émotions et notre intuition pour affiner la prise de décision.

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