Navy Seals Vs Moine

Qu’ont en commun les Navy Seals et les moines tibétains ?

Nous sommes nombreux à rechercher l’excellence (dans notre job, une passion, une relation)…ou en à subir l’injonction (de son manager, sa famille, ses proches, son éducation, son environnement social…).

Comment avec cette exigence externe et intérieure d’être « à la hauteur », pouvons-nous poursuivre sereinement notre quête du bonheur, notre souci du bien-être ?

Voyons comment s’y prennent deux catégories de personnes ayant, à priori, si peu de choses en commun…

La puissance de l’habitude…

Abraham Maslow a si bien dit :

« Quand tout ce que vous avez est un marteau, chaque problème ressemble à un clou. »

Que voulait-il dire ? Et bien que, quand il s’agit de résoudre un problème, on a tendance à s’enfermer dans l’aide d’outils familiers, de façons connues et habituelles. Le terme technique pour cette réaction est la Loi de l’Instrument. Donner à quelqu’un un marteau et il va essayer de trouver un clou sur lequel taper.  Présenter lui un problème où il a besoin de réutiliser ce marteau comme un butoir de porte, un poids de pendule ou même un tomahawk, et vous obtiendrez généralement un regard vide, perdu.

Admettons-le, nous avons expérimenté ce genre de situation.

La suprématie du Cogito… tous épuisés ?

Depuis le siècle des lumières et Descartes  avec son fameux « cogito ergo sum » « (je pense, donc je suis »), nous avons appris à compter exclusivement ou presque sur notre moi rationnel — ce que les psychologues appellent notre « ego » — pour régler toutes les situations. C’est un type de réaction « marteau de Maslow ». Chaque problème que nous rencontrons, nous essayons de résoudre par la pensée.

Et nous savons désormais grâce aux neurosciences que cela ne fonctionne pas comme ça.

Jetons un regard rapide sur les statistiques de la santé mentale d’aujourd’hui aux Etats-Unis :

  • Une personne sur quatre est sous traitement médicamenteux psychiatrique.
  • Nous assistons à la recrudescence du suicide de dix à soixante-dix-huit ans, ce qui prouve à quel point notre processus mental est surmené, épuisé.

Nous sommes peut-être au arrivé au bout de notre  « rouleau psychologique ». Il serait peut-être temps de repenser globalement notre façon de…penser.

Repenser notre façon de penser…

Avec les récents progrès en neurobiologie, nous avons maintenant différentes options : la cognition intégrée  nous enseigne que la façon dont nous bougeons, nous mettons notre corps en action, affecte notre cerveau et notre esprit. Les thérapies par l’intelligence artificielle (AI) prouvent que l’analyse de l’expression de notre subconscient, qui reflète notre état intérieur, est effectuée avec plus de précision par les avancées en A.I que par nous-mêmes. Les neurosciences montrent que nous pouvons prévoir comment nous allons ressentir, penser et agir avant même que nous en ayons conscience. La Neurothéologie  intègre l’ensemble de ces résultats.

Plutôt que de traiter notre psychologie comme un incontestable  système d’exploitation (OS) pendant toute notre vie, nous pouvons envisager de s’en servir  juste comme une interface utilisateur.  Une sorte de tableau de bord facile à utiliser qui se trouve au sommet de tous les autres,…. des programmes plus complexes. En traitant l’esprit comme un tableau de bord, en traitant des différents états de conscience comme des applications à déployer judicieusement, nous pouvons contourner beaucoup de narrations psychologiques et obtenir des résultats plus rapidement et, souvent, avec moins de frustration et de souffrance.

Psychologie et Neurophysiologie

Prenons, par exemple, une des affections plus courantes du monde moderne : la dépression légère à modérée. Au lieu de se morfondre, espérant que les choses s’améliorent d’elles-mêmes, nous pourrions analyser notre interface utilisateur et choisir un programme à exécuter. Nous pourrions acheter un tapis de course (toutes les études démontrent que l’exercice est efficace pour la dépression sauf dans les cas sévères).  Ou obtenir du soleil naturel (70 pour cent des américains sont en déficit de vitamine D, qui a un impact direct sur l’humeur).  Ou la pratique de la méditation pendant quinze minutes.  Un article paru dans le Journal of the American Medical Association l’a évalué aussi efficace que les ISRS (antidépresseur inhibiteur de recapture de sérotonine) et ce sans les effets secondaires. Aucune de ces approches exigent une réflexion sur notre mode de pensée, mais chacune d’elles peut considérablement améliorer notre humeur.

Des choix ou options comme ceux-ci sont possibles et facilement accessibles, non seulement dans nos vies personnelles, mais dans notre vie professionnelle. Aussi, au lieu d’attendre nerveusement un entretien d’embauche et être obsédé par tout ce qui pourrait mal tourner,  nous pouvons prendre une page d’un livre, nous lever, respirer profondément et adopter une posture puissante et positive, des moyens très efficaces pour faire baisser le cortisol et accroître notre taux de testostérone ce qui génère  plus de confiance. Au lieu de se repaître des livres de leadership dernier cri ou de préparer un plan de licenciement, nous pouvons suivre l’exemple de l’ESADE (célèbre université pour le business et le droit) qui nous enseigne comment utiliser le neurofeedback pour accroître la cohérence du groupe et gagner considérablement en productivité  pour des sessions de stratégie par exemple.

Changer ses habitudes fait peur…

Mais la plupart d’entre nous, lorsque nous sommes contrariés ou stressés, ne fera aucune de ces choses. Nous réfléchirons sans doute davantage, nous parlerons davantage et insisterons davantage. Nous allons attendre de nous sentir  mieux pour aller faire cette promenade au soleil, plutôt que de faire cette marche afin de nous sentir mieux.

C’est parce que, dans un premier temps, réorienter notre operating system (OS) vers  l’interface utilisateur peut être carrément déroutant. Si je peux changer le « fond d’écran de mon esprit » en modifiant délibérément ma neurophysiologie — ma respiration, ma posture, mes ondes cérébrales ou de multiples autres actions — à quoi serviraient dès lors toutes les histoires que je me raconte en boucle ? Si je ne suis pas le résultat de mes pensées, qui suis-je vraiment ?

Ce nouveau paradigme que notre ego n’est pas l’alpha et l’oméga de tout, a prospéré en Asie depuis des siècles, avant d’atterrir en Californie dans les années 1960. Alors, les pensées étaient illusions, les swamis (maîtres spirituels) et les lamas étaient révérés, le nirvana était la mort de l’ego… Mais, pour les américains modernes, toutes ces tentatives respectables (et parfois ridicules) de transcender l’égo ne s’est pas avéré concluant et surtout… pratique. Pour faire sa place dans le monde trépidant d’aujourd’hui et y trouver du sens, nous avons besoin de nos égos pour équilibrer nos relations et nos responsabilités. Nous n’avons pas besoin de les transformer en « marteau de Maslow » pour transformer toutes les situations autour de nous en problèmes psychologiques à combattre.

Se couper d’une partie de Soi pour trouver un autre Soi ?

Au lieu de cela, tâchons de  rester au-dessus de nos élaborations mentales et essayons simplement de surveiller les leviers de notre neurobiologie. Et bien que cela puisse paraître tiré par les cheveux, les plus performants y arrivent déjà.

Pour continuer sur les métaphores informatiques, les moines tibétains peuvent fermer leur « réseau en mode par défaut » (ou le bavardage de leur esprit intérieur) presque à volonté ; les tireurs d’élite des Navy SEAL (Sea, Air, and Land) parviennent à « régler » leurs ondes cérébrales à la fréquence alpha avant de verrouiller leurs cibles; les athlètes de sports extrêmes réussissent  à modifier leurs rythmes cardiaques avant de dévaler une montagne ou de défier une vague. Ils court-circuitent volontairement  leurs esprits conscients. Ils accèdent de façon plus efficiente et plus efficace à leurs manières d’être  pour agir mieux… Et ils font exactement l’inverse de ce que l’on nous a enseigné depuis notre plus jeune âge.

Evaluer, changer sa perspective et agir

Ce qui nous ramène à notre sujet. Lorsque nous allons au-delà de notre ego classique pour découvrir ce que Maslow appelle les « états altérés », il est essentiel de mettre à jour et d’améliorer notre « logiciel ». Les personnes en habit de singe que nous croyions être (jusqu’à ce que soudain, nous nous rendions compte que nous ne l’étions pas) n’ont pas à nous réduire ni même à nous définir. « Vous « diagnostiquer ou vous évaluer »… vous-même en pleins feux de l’action exige la capacité à prendre quelque distance par rapport à l’événement» déclare le professeur Ron Heifetz de la Harvard Business School. « « Sauter sur un balcon »… permet d’adopter le point  de vue distancié nécessaire, pour vous rendre réellement compte de ce qui se passe vraiment ».

Et c’est ce que le passage de l’operating system (OS) à l’interface utilisateur vous offre : une meilleure vue depuis le balcon. Quand on voit toujours plus que « ce qui se passe réellement », nous pouvons nous libérer des limites de notre psychologie. Nous pouvons mettre nos égos de côté pour mieux en utiliser les ressources ;  s’en servir efficacement pour moduler notre neurobiologie et avec elle, notre expérience. Nous pouvons entrainer nos cerveaux pour trouver nos esprits.

Steven Kotler est co-auteur avec JamieWheal du nouveau livre « Stealing Fire: How Silicon Valley, the Navy SEALs, and Maverick Scientists Are Revolutionizing the Way We Live and Work » .Il est un auteur de Best-seller du New York Times, journaliste primé, cofondateur et directeur de la recherche pour le projet de génome de Flow.

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