Partagez un coaching «live» avec Stéphane Cormary

Nous sommes vendredi 30 décembre au matin, j’ai rendez-vous avec Philippe par Skype dans quelques minutes. La photo du réveillon de Noël qu’il m’a envoyé par mail et ses deux SMS tendent à prouver qu’il réussit à faire un vrai break et profiter de sa famille. Il dort beaucoup plus qu’à l’accoutumé et a du mal encore à réprimer son irritation et ses impatiences.

Stress, Anxiété, Burnout et… estime de Soi…

Quand je travaille sur le stress, l’anxiété, les angoisses, les phobies et/ou la prévention du burnout, je travaille concomitamment sur l’estime de soi. Les multitudes d’apports théoriques et mes années de pratique me confirment que cela va de pair. Traiter l’un sans l’autre ne produit pas d’effet durable. Or, avec Philippe, comme avec tous mes coachés, mon objectif n’est pas de régler une situation précise ou d’obtenir uniquement un résultat concret, mais de fournir les stratégies, enseignements, techniques et outils  qui leur permettront d’affronter des situations ultérieures avec plus d’aisance et de succès.

Notre entretien téléphonique se prête assez bien à la séance que j’entends mener. J’ai préalablement envoyé à Philippe, des tests relatifs à l’estime de soi.

Il est 9H et la petite musique de l’appel Skype retentit.

Mettre de la légèreté… refixer le cadre sans arrêt… insister…

« Salut Philippe, comment vas-tu ? Merci pour la photo, je découvre visuellement ta belle petite famille. »

« Bonjour Stéphane. Avec plaisir. J’ai voulu figer ce moment particulier et te l’envoyer car je ne me sentais pas trop mal. Je ne lâche pas mon petit carnet de stress, que je remplis consciencieusement. »

« Et pour ce qui est des fiertés, gratitudes et petites joies/succès de la journée ? »

« Je t’avoue avoir un peu plus de mal. J’ai des difficultés à me remémorer des raisons particulières d’être fier de moi mais aussi des joies… »

« Peut-être attaches-tu trop d’importance à leur degré, leur importance ? »

Toujours être attentif aux opportunités…un besoin de retour dans le passé…

« Tu sais, familialement et surtout vis-à-vis de mon père, la fierté est un élément fondamental de mon éducation. La fierté vient de la réalisation de grande chose. En tout cas j’ai été élevé comme cela. »

« Et cela te convient ? »

Après quelques longues secondes…

« En fait je ne me suis jamais posé la question. J’ai des souvenirs qui remontent. »

« Décris-les-moi »

« Et bien par exemple, nous avions gagné un tournoi de foot à l’école. Il y avait eu une petite fête lors de la remise des carnets scolaires de fin d’année et l’équipe avait reçu une coupe. Tous les enfants criaient, exultaient et les parents applaudissaient à tout rompre. Je me souviens avoir cherché mes parents du regard et d’avoir vu mon père immobile et muet. Cela m’a calmé tout de suite. Je me suis tu et j’ai eu honte. »

« De quoi as-tu eu honte ? »

« Je ne sais pas trop. C’est mélangé. Sans doute de ne pas avoir été suffisamment digne pour mon père. De ne pas avoir eu le comportement approprié. Dès lors je fuyais son regard. Mais en même temps je crois que j’étais triste et même en colère qu’il ne manifeste pas comme les autres parents. »

« Tu lui en as parlé ? »

« Non. Je n’ai pas osé. Surtout que dans la voiture, sur le chemin du retour, il m’a fait une réflexion, du genre : « il faut savoir rester humble et digne dans la victoire comme dans la défaite. »

« Tu avais quel âge ? »

« 8 ou 9 ans ».

Emotions et sensations…

« Essaye de te remémorer, tu es dans la voiture et ton père te fait cette réflexion…  Comment te sens-tu ? »

Quelques secondes s’écoulent, Philip réfléchit et reprend la parole :

« Je ne savais plus où me foutre. J’aurais aimé raccourcir le temps du trajet pour aller m’enfermer dans ma chambre. Je fuyais le regard de mon père dans le rétroviseur. Ma mère était muette mais je sentais qu’elle voulait me venir en aide ; c’était encore pire. Je ne comprends pas aujourd’hui qu’une simple phrase puisse avoir eu autant d’impact sur moi. »

« Te souviens-tu de sensations physiques particulières ? »

Philippe ferme les yeux. Sa mâchoire se crispe ses traits se froncent. Il revit le moment.

« J’avais mal au ventre, un genre de nausée et les mains moites. Je vivais une espèce de vertige, comme un malaise. J’avais du mal à rester en place et en même temps j’étais figé. J’ai essayé de trouver une position plus confortable sur la banquette arrière mais je n’y arrivais pas. Je ne respirais pas bien. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, ce que je ressentais. J’étais mal ».

« Avais-tu expérimenté des émotions sensations similaires avant ? »

« C’était toujours en présence de mon père, enfin je crois. Il me reprochait sans cesse d’avoir un comportement inadéquat, enfantin, de ne pas être assez responsable. Comme la fois où je me suis cassé le bras aux sports d’hiver et où il a trouvé bon de m’engueuler parce que je n’avais pas été assez prudent. Ou cette autre fois où je suis rentré de chez un copain voisin en retard. C’est étrange, j’avais complètement oublié ces épisodes. »

« Les sensations physiques étaient-elles similaires ? »

« Pour les maux de ventre, j’en suis certain. Pour le reste je n’en suis plus très sûr. »

« J’imagine aisément que tu as dû revivre des événements équivalents dans ton adolescence !? »

« Très souvent. Il y a sans doute que pendant mes études aux États-Unis, que ces sensations désagréables ont un peu disparu. Mais cela m’a poursuivi aussi à mes débuts professionnels et même par la suite. »

La figure tutélaire de l’enfance…

« Comment te représentais-tu ton père ? »

« Tu veux dire dans l’enfance, ado, aujourd’hui ? »

« Comme tu veux. »

« C’était l’exemple même de la réussite ! Enfant, je le voyais sans arrêt absorbé dans son travail, pendu au téléphone, en voyage d’affaires, soucieux et grave…  Comme s’il dirigeait le monde. Je ne le voyais pas beaucoup hormis pendant quelques vacances et je me disais qu’un homme c’était ça. Qu’il fallait ressembler à ça. Il assurait. Il imposait le respect. Il semble être même craint. Il émane de lui une forme d’autorité et de puissance. »

« Je ne suis pas sûr de te suivre. Tu en parles de lui au passé ou au présent ? »

« Un peu des deux j’imagine. J’ai grandi bien sûr mais je ne suis pas fondamentalement convaincu que mes perceptions ont changé. »

« Dois-je comprendre que tu souhaites toujours incarner cet homme-là, avec les attributs que tu m’as décrits ? »

« En fait je ne sais pas vraiment. Je ne m’étais jamais clairement posé la question. C’est sûr qu’on se ressemble par certains côtés mais je crois par exemple être un père très différent. Professionnellement en revanche, je crois m’en être beaucoup inspiré. »

Quand la gêne s’en mêle…la colère n’est pas loin…

« As-tu toujours peur de son jugement ? »

Je vois Philippe embarrassé.

« Je ne recherche plus son approbation. »

« Mais en as-tu toujours besoin ? »

Philippe est mal à l’aise ; inconfortable avec moi comme il ne l’a jamais été. Je vois le stress qui monte en lui. Ses mains s’agitent. Il dodeline de la tête. Il a envie de redevenir le patron autoritaire qu’il sait être… avec moi. Je sens que dans d’autres circonstances, il aurait raccroché.

« Comment te sens-tu Philippe ? »

« Tu me fais chier avec ces questions. Je ne veux pas entamer de psychothérapie. Ressasser de vieux souvenirs ne sert à rien. Je ne veux pas tomber dans de sempiternelles histoires père fils qui peuplent la mauvaise littérature et le mauvais cinéma. »

A la croisée de la psychologie et du coaching…

« Je t’entends Philippe. Je comprends ce que tu me dis et rassures toi n’allons pas entamer d’analyse ensemble. Parfois, éclairer le passé permet d’assurer le futur. »

« D’accord Stef. Mais moi, je me suis toujours projeté dans le futur. C’est ma nature, mon éducation. Et puis tu sais mes parents ont fait de leur mieux. Si je suis bien réussi aujourd’hui, je leur dois en grande partie. Je n’ai rien à leur reprocher. »

« Comprenons-nous bien Philippe. Notre travail n’a aucun rapport avec le fait de juger ni de justifier l’éducation que tu as reçue ni la relation que tu entretiens avec tes parents. Je constate avec toi aujourd’hui, que les jugements de ton père ont provoqué les mêmes symptômes et des émotions similaires à ce que tu ressens depuis maintenant plusieurs mois. De peur d’être jugé, méjugé, tu as dû, comme tout enfant, t’adapter aux exigences ou aux attentes de ton père (formulées ou non)… jusqu’à le modéliser. Notre seul objectif demeure de te sortir de cette passe difficile et de te donner les clés pour ne plus à avoir à la vivre à nouveau.  Notre travail, en quelque sorte, est de t’apprendre à devenir un bon parent pour toi-même, empathique et bienveillant, pour vivre des relations plus justes et plus épanouissantes. »

Les peurs de l’enfance font l’homme que tu es aujourd’hui…

Je vais passer avec Philippe le prochain quart d’heure à discuter des peurs de l’enfance qui nous sont universellement communes, qui font de nous des enfants plus ou moins adaptés, qui nous éloignent d’une forme de Moi véritable et qui conduisent parfois à vivre des souffrances dans l’âge adulte. Contre toute attente, il est apaisé et très intéressé par cette discussion plus « théorique ».

Quand il faut néanmoins ne rien lâcher et enfoncer le clou…

« OK Philippe. On va s’arrêter là pour aujourd’hui. Comment te sens-tu ? »

« Je me sens mieux. Ça n’a pas été facile et je te l’avoue, je t’aurais bien raccroché au nez. Je n’étais pas bien. »

Je le fixe droit dans les yeux et lui souris.

« Je comprends. Il y aura des séances plus ou moins difficiles. Comme souvent, j’avais envisagé et préparé une tout autre séance. »

C’est cela la beauté de ce métier, son caractère imprévisible et la nécessité de s’adapter en toute circonstance, de mobiliser toutes ses ressources émotionnelles, intellectuelles et énergétiques, d’être opportuniste, d’être prêt à saisir toutes les opportunités que notre coaché va nous envoyer consciemment et inconsciemment.

De la nécessité d’écrire… à la main…

« Je veux te laisser te reposer pendant tes congés, profiter  et continuer d’installer durablement les rituels que nous avons mis en place. Je vais néanmoins te demander un travail, un seul : celui de prendre un papier et un crayon et d’écrire une lettre à ton père. Une lettre qui décrirait idéalement la relation que tu souhaites avoir aujourd’hui avec lui. Si tu veux l’agrémenter d’anecdotes du passé, fais-le. La seule chose importante, c’est que tu écrives cette lettre pour toi, en fonction de ta sensibilité et non pas du jugement que ton père pourrait en avoir à sa lecture. D’ailleurs, tu choisiras ou non de l’envoyer. Es-tu OK pour faire cela ? »

« Je ne te cache pas Stéphane que ça m’emballe pas. Je ne suis jamais livré à ce type d’exercice et encore moins avec mon père. Ça me gêne, ça met mal à l’aise. Je n’aime pas m’étaler de la sorte. »

« Je comprends bien Philippe. Une nouvelle fois je te demande me faire confiance. Écris cette lettre. Garde-la par devers toi, envoie-la moi si tu le souhaites et enfin à ton père si tu le sens. Je peux compter sur toi ? »

« D’accord. »

Nous prenons rendez-vous pour notre prochaine séance. Le 1er janvier, il sera un des premiers à m’envoyer ses vœux avec un message qui me touchât profondément mais que j’ai décidé de garder pour moi.

Nous sommes vendredi matin, il est 7H25, il fait gris et froid au pied de la Tour dans laquelle travaille Philippe. L’esplanade de la Défense est assez clairsemée, le boulevard circulaire est bien encombré.

Je demande à Philippe de me rejoindre dehors avec son manteau. Je n’aime pas que mes coachés prennent «leurs aises», considèrent nos rendez-vous comme une habitude, s’installent dans une forme de routine. Aussi je change autant que faire se peut les unités de lieu et de temps. Je suis impatient d’avoir de ses nouvelles, même si nous avons échangé quelques SMS depuis notre séance précédente. Le travail qu’il a effectué à l’issu de notre première rencontre me prouve son sérieux et son engagement. Les résultats de ses tests confirment mes premières sensations d’un risque majeur de burnout et/ou de dépression.

Il arrive vers moi, me sourit, un peu désorienté sans doute par ce changement de programme inopiné. Qu’allons-nous faire dehors, il fait chaud dans son bureau et les sièges sont remarquablement ergonomiques.

Je vais, comme à l’accoutumé, faire une synthèse de nos échanges qui ont duré près d’une heure et quinze minutes. Il a un comité de direction à 9H. Je vous transmets les moments les plus signifiants ainsi que les techniques les plus pertinentes que j’ai jugées utile d’employer à l’instant donné.

Quand on n’est pas bien, on se le ressasse, on s’auto-ausculte en permanence, on s’en convainc…

«Bonjour Philippe, j’espère que tu te portes bien ce matin. Je te propose une petite marche relax matinale».

«Bonjour Stéphane, comme tu l’as vu dans nos échanges et mes homeworks, la semaine a été difficile. J’ai un peu la tête en vrac ce matin. J’ai du mal à trouver le sommeil ; je me réveille un nombre de fois incalculables dans la nuit. Les relations sont très tendues au bureau et je m’inquiète de mon «Com Dir» de tout à l’heure. J’ai pas les idées claires et me suis encore pris le bec avec mon boss».

«Raison de plus pour s’aérer. Il est naturel d’avoir un sommeil perturbé avec ce que tu traverses en ce moment. Ta relation aux autres s’altère également naturellement et tu manques d’énergie. Tout devient plus dur à réaliser. Il te faut des trésors de courage pour effectuer des choses que tu faisais en roue libre il y a quelques mois encore.»

«C’est tout à fait ça. J’avoue que cela me terrifie car j’ai l’impression d’un piège, d’une mâchoire qui va se refermer sur moi à terme, de façon inéluctable».

«La folie c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent». Einstein

«Le vrai piège aurait été de continuer à faire comme d’habitude, de ne rien changer. La vraie différence est que le piège, nous l’avons détecté ; nous le mettons en lumière ensemble. Nous allons nous doter des stratégies et actions nécessaires pour non seulement l’éviter, mais faire en sorte qu’il n’est plus lieu de réapparaître. Fais-tu tes exercices respiratoires 3 fois par jour ?»

«J’ai bien chargé l’application comme tu me l’as demandé mais j’avoue avoir commencé que 3 jours après notre séance».

Être coaché : croire dans le processus, respecter le cadre et agir…

«Ok Philippe, j’ai besoin de ton engagement plein et entier. Tes homeworks sont de grandes qualités et prouvent ton investissement. J’ai également besoin de ta confiance inconditionnelle. Il y a des choses que je te demande de faire sans réfléchir jamais. Tu ne pourras pas en mesurer toujours ni la fonction ni le degré d’utilité mais cela n’a aucune importance. Ai confiance dans le processus et tu vas y arriver à coup sûr. Est-on bien d’accord sur ce point ?»

«Absolument. D’autant que cela m’a fait vraiment du bien, particulièrement mardi avant de monter sur scène à Nice et également hier avant mon staff meeting».

«Parfait. Ne revenons pas dessus. 3 fois par jour, une alarme dans le téléphone, qu’il pleuve, neige ou vente.

Mise en situation : préjugés et qualité de vie…

Maintenant, je te demande de faire silence et d’observer toutes les personnes que nous allons croiser sur notre chemin. Ne les dévisage pas mais regarde les attentivement. C’est bon pour toi ?»

«Ok, allons-y»

Pendant quelques 5 minutes, nous allons déambuler ainsi, en silence, au milieu de cette foule qui se rue vers les tours et leurs bureaux…

«Alors Philippe, quelles sont tes impressions ? Les premiers mots qui te viennent à l’esprit ?»

«C’est incroyable comme les gens paraissent stressés, fermés, austères, inamicaux, le nez fourré dans leurs chaussures, comme s’ils suivaient un chemin tracé au sol. Une forme, une foule moutonnière. Personne ne se regarde ou regarde autour de soi. Le travail cela doit être la peste pour eux».

«Ok. Et de façon plus précise ? Te souviens-tu de visage en particulier, que t’aies-tu dis ?»

Il fouille sa mémoire et me fais la litanie des impressions qu’il avait eu en observant ses congénères gagnant leurs lieux de travail.

Sournois, provocante, prétentieux, mal habillée, vulgaire, odieux, l’air malade, laid…sont quelques mots qui résonnent encore à mon oreille.

 

Rassurer, donner un cap

«Bien, comment te sens-tu ?»

«Etrangement pas bien. Il fait froid. Je me sens irrité. Je ne comprends pas à quoi on joue ici. On retourne au bureau ?»

Mise en situation 2 : changer sa physionomie pour changer sa physiologie et son humeur…

«Je te propose de continuer notre marche quelques minutes encore et je te promets qu’on se met au chaud après. Je vais seulement te demander de relâcher tes épaules de quelques centimètres et de relever la tête. Laisse tes bras se balancer tranquillement le long de ton corps au rythme de ta marche. Relâche aussi un peu tes zygomatiques, souris légèrement et ouvre les yeux un peu plus grand. Bien, comme ça, parfait. Maintenant, recommence à observer les passants»

Nous repartons pour quelques minutes. Le silence s’est fait naturellement. A trois reprises, je réajuste la posture de Philippe.

«Quels sont les premières mots qui te viennent ?»

«C’est incroyable ce vivier de la Défense, tous les restaurateurs et magasins qui s’activent, toutes ces livraisons, ces personnes qui vont bosse, je ne m’en n’étais jamais vraiment rendu compte ; je n’avais jamais vraiment regardé. Toute cette foule et cette suractivité et pourtant il n’y a pas tant de bruit que ça. J’ai pensé à une ruche. Le soleil a fait son apparition, tu as vu ?»

Je souris.

«Et plus précisément, sur de gens que tu as croisés ?»

Parmi les mots de Philippe : clarté, sexy, élégante, souriant, amical, riche, solide, fier…

«Comment te sens-tu ?»

«Je me sens bien, plus requinqué. J’en ai oublié ma réunion pendant quelques instants. Comme plus léger.»

«Qu’est-ce-qui a changé entre maintenant et tout à l’heure ?»

«J’ai l’impression de voir le monde avec moins d’appréhension ; de me sentir un peu…comme avant…avant que je sois mal».

Quand nos démons viennent nous revisiter…

Je le vois se recroqueviller, s’assombrir de nouveau.

«Philippe, reprends la posture de tout à l’heure et respire lentement par le ventre profondément. Encore…et encore une fois…Là, c’est bien !»

«La façon que tu as eu de juger les gens au début de notre promenade est la façon dont TU te juges. Sans connaître qui que ce soit, tu as porté des remarques assez désagréables sur tel ou tel…en fonction d’apparences bien sommaires. C’est ce même regard que tu portes sur toi pendant la journée. Comme Pénélope, tu déconstruis pas à pas toute ta confiance si chèrement conquise au fil des années. Tu perçois les autres comme tu te perçois : de façon confuse, agressive, intransigeante, autoritaire, tranchée, sévère. L’autre, comme toi-même, représente une menace, un danger, «une mâchoire qui va se refermer» inexorablement pour reprendre tes mots de tout à l’heure. Rassure-toi. C’est tellement commun. Je fais faire cet exercice à des coaches que je supervise et les résultats sont parfois étrangement similaires».

«Je ne pouvais pas imaginer avoir une telle animosité, une telle rancœur par rapport à des inconnus. Je suis plutôt bienveillant de nature.»

«Peut-être as-tu oublié de l’être avec toi-même ces derniers temps ?»

«C’est vrai que je déteste me voir dans cet état. Ce n’est tellement pas moi, cette fragilité, cette faiblesse.»

«Rentrons maintenant. Tu as fait un apprentissage important ce matin : tu as compris qu’en changent ta posture, tu peux changer ton humeur. C’est encore plus vrai si tu y ajoutes la respiration appropriée, la visualisation ou la pensée positive. Nous verrons cela une prochaine fois.»

Quand nous installons de nouveaux rituels positifs…

J’observe Philippe qui réajuste sa posture : sa tête est levée, les yeux bien ouverts, les bras relâchés, les épaules détendues et un sourire aux lèvres. Je vois son ventre se gonfler légèrement et calmement. Il est réchauffé et a ouvert son manteau. Son pas est assuré, dynamique et son air jovial.

Une fois dans son bureau, nous débriefons ensemble ses homeworks et les résultats des tests que je lui ai fait passer.

 

Pour combattre un phénomène, le comprendre en profondeur…

Je lui explique plus en profondeur les mécanismes du stress. Pour moi, Philippe se situe au-delà de la phase de la résistance. Il souffre de stress aigu et est en phase d’épuisement.

Il nous faut éviter :

  • De tomber dans un stress et une anxiété chroniques

  • De conduire à un burnout et/ou une dépression

  • De déclencher des crises d’angoisses ou des attaques de panique agoraphobie.

Les vacances de Noël sont proches et je lui ai demandé de prendre 15 jours de repos dont une semaine au moins au grand air. Cela contrarie ses plans professionnels : il avait prévu de s’arrêter 2 jours pour Noel ! Il finira par accepter.

 

Devoirs de vacances…

«Je souhaite que tu poursuives ta diète médiatique pendant les vacances. Nous ferons notre prochaine séance via Skype. Je veux que tu travailles ta posture et ta respiration à chaque fois que tu sors ou même quand tu déambules dans les couloirs. Tu as pu apprécier à quel point ta physionomie impacte ta physiologie et ton mental».

«C’est vrai, c’est incroyable de se sentir aussi différent dans un même contexte !»

Je lui tends un petit carnet que j’offre systématiquement à mes coachés.

«Je veux que tu gardes ce petit carnet sur toi du matin jusqu’au coucher. Dans son recto, tu vas établir un véritable carnet de bord de ton stress. Voilà comment cela va se présenter :

C’est un outil qui permet :

  • D’identifier et de prendre conscience de ses situations de stress «les stresseurs»
  • D’interrompre les réponses automatiques qui entretiennent et développent le stress
  • De mettre en place les stratégies pour contrecarrer ses montées de stress et de ses symptômes désagréables
  • De privilégier des moments de récupération nécessaires.
Pour se préparer à un meilleur sommeil en gonflant son estime de soi...

«Sur le verso du cahier, tu vas noter tous les soirs avant de te coucher :

  • 3 fiertés de ta journée, petites ou grandes ce n’a aucune importance
  • 3 gratitudes que tu adresses à des personnes spécifiques
  • 3 joies éprouvées dans cette même journée.

Nous sommes d’accord sur les homeworks ?»

«Ok, avec plaisir. Si je comprends bien, je ne dois rien t’envoyer cette fois ?»

Se poser… enfin… les bonnes questions…

«En effet, je veux que tu te concentres uniquement sur ce qui te fait du bien. Interroge-toi fréquemment : est-ce bon pour moi ? Si tu as une croyance, une pensée, une décision à prendre, un commentaire à faire…Pose-toi la question : est-ce bon pour moi ? Et ramène-moi de belles photos de vacances.»

«Merci Stef. Ça m’a fait vraiment du bien cette séance. Je n’ai plus d’appréhension de la réunion de 9H. J’ai vraiment envie d’apaiser les choses. Il me faut faire passer la pilule des deux semaines de congés mais je me sens soulagé.

«Génial, Philippe. Je suis très heureux. Passe de très belles vacances et rendez-vous vendredi prochain par Skype»

Quand on se sent perdre le contrôle…

Deux jours avant, lors de notre première prise de contact téléphonique, il m’avoue : «m’adresser à vous aujourd’hui n’est pas simple. J’ai pour habitude de régler mes problèmes seul ; je n’ai pas trop mal réussi jusqu’à présent. Je sens pourtant que tout se délite autour de moi depuis maintenant plusieurs mois et que je commence sérieusement à perdre pied. Je m’irrite pour un rien, tout m’agace. Je bosse comme un dingue ce n’est pas nouveau ! Mais pour la première fois de ma vie je me sens vraiment mal».

Il est assis dans un bureau spacieux, plutôt austère, fonctionnel avec juste accroché au mur un polo de rugby lui rappelant le sportif de haut niveau qu’il avait été adolescent.

En face de moi, il semble sûr de lui, en maîtrise de son espace et de ses compétences. Il est plutôt souriant mais sa mâchoires est crispée, il a du mal à contenir ses jambes qui s’agitent, ses traits sont tirés, des poches sombres dénotent un manque de sommeil, son flow de paroles est rapide bien que contrôlé, son impatience est contenue… son état de stress est plus que patent.

Philippe et Stéphane en face à face… s’apprivoiser dans un cadre défini

«Mon cher Philippe, je propose de nous tutoyer si tu es d’accord. Je comprends ton désarroi et j’admire le fait que tu demandes de l’aide. Ce premier entretien a pour but de nous «valider mutuellement» et de tacher de définir ensemble le vrai problème qui te gâche la vie aujourd’hui. Tout ce que l’on se dira, restera strictement entre nous. Au besoin nous signerons un accord de confidentialité. Je vais être franc, direct et parfois confrontant avec toi, c’est ma façon d’être, mon intégrité. Il y a des moments où tu ne m’aimeras pas pour ça et ça n’a aucune importance. On va vivre de chouettes moments et des passages plus difficiles, ce sont des étapes indispensables pour avancer. Est-ce que tu es OK sur le cas de travail ?»

«C’est bon pour moi, j’attends de toi que tu ne me ménages pas ! Je veux en sortir !»

«Parfait. Pour ce qui me concerne, décider d’être coaché repose sur trois exigences :

  • avoir conscience d’un problème ou d’un objectif
  • avoir le désir de corriger ce problème ou d’atteindre cet objectif
  • décider d’un «acte de foi», de me faire confiance.

Tu sembles réunir ces trois conditions, qu’en penses-tu ?»

«Faire confiance et pas une seconde nature chez moi» me dit Philippe avec un petit sourire presque gêné mais il s’engage à jouer le jeu.

L’anamnèse ou l’analyse de la situation…

«Merci Philippe pour la confiance que tu veux bien m’accorder. Elle est essentielle à notre relation et l’efficacité ne travail à venir. Est-ce que tu peux revenir quelques instants sur ta situation ?»

«Écoute, depuis un peu plus d’un an maintenant, je me souviens ça remonte aux vacances d’été de 2015, j’ai le sentiment de perdre le contrôle de ma vie. On s’est pas mal engueulé avec ma femme, pendant ces vacances. Faut dire que je l’ai rejoint une semaine plus tard que prévu à Cuba à cause d’une merde au bureau qui m’a obligé à rester. Je suis arrivé là-bas complètement lessivé et j’ai dormi une bonne partie du séjour…»

Je passe sur les autres éléments de sa situation pour en venir à la dernière partie.

«Au boulot, c’est l’enfer ! Je n’arrive plus à répondre aux contraintes de timing et «deadlines». Je me rends compte que je mets une pression phénoménale sur mes équipes et qu’elles sont en train d’exploser. J’ai une nature plutôt calme et pondérée, je sais ce que c’est que de bosser très dur depuis mon adolescence et pourtant j’ai l’impression d’atteindre mes limites. J’ai déjà l’impression de les avoir dépassées.»

«OK, en quoi c’est vraiment un problème pour toi aujourd’hui ?»

«Bien sûr, ça peut être un problème ponctuel. Mais je ne crois pas parce que je ressens aujourd’hui des choses que je n’ai jamais ressenties par le passé. Je me sens vide, j’ai plus envie, je me rends compte que je ne veux pas rentrer chez moi, que je m’éloigne de ma propre famille et de mes amis. Il m’arrive très souvent de ne plus me reconnaître, d’agir de façon intempestive, brutale et même parfois violente. J’envoie régulièrement chier mes collaborateurs, je ne le faisais presque jamais. Je rentre en conflit de plus en plus fréquemment avec mon président alors que nos relations étaient plutôt saines. J’ai l’impression de perdre les pédales !»

Regarder ses problèmes à l’échelle du temps… Si je ne change pas… alors…

«tu en baves mon cher Philippe, je comprends je connais. Rassure-toi c’est infiniment plus fréquent ce que tu n’imagines. Maintenant, si tu ne résous pas ce problème, comment vois-tu les conséquences à moyen et long terme ?

Je le vois s’affaisser un peu sur son fauteuil, baisser la tête, se renfrogner et réfléchir. Après deux bonnes minutes…

«Je suis crevé en permanence, je n’arrive plus me ressourcer. Je me suis remis à fumer après plus de 10 ans d’arrêt. Cela fait plusieurs mois que je ne fais plus de sport. Les sorties deviennent son souvent une contrainte. Même planifier des vacances m’emmerde. J’ai mal à l’estomac en permanence, mon dot me fait souffrir. Je dors si mal, je mets des heures à trouver le sommeil et à cinq heures du matin j’ai les yeux grands ouverts. À ce rythme là je vais craquer»

«Comment te vois-tu craquer ?»

«Je pense que tout le monde un point de rupture. J’en ai vu tellement dans mon parcours péter un câble, avoir un gros problème de santé, s’enfoncer dans la maladie ou faire un burnout. Je sais maintenant que ça peut m’arriver.»

«Je comprends bien, et si tu en arrivais là, à faire un burnout, qu’est-ce qui se passerait réellement pour toi ?»

«Ce serait la fin des haricots. Je prendrai un tel gros coup sur la tête je pense que je ne m’en relèverai pas. Je ne me rendais pas compte que toutes ces années passées étaient «si faciles», je me sentais protégé, naturellement doué pour résister. Je serais obligé d’abandonner ma vie telle que je la veux.»

«Si j’ai bien compris, si tu continues comme ça et tu fonces droit dans le mur ! Qu’est-ce qui te fait vraiment peur dans la situation tu vis aujourd’hui ?»

«J’ai peur de tout perdre, tout ce que j’ai construit pendant ces décennies de travail acharné.»

Rassurer, donner un cap

«OK. On va s’arrêter là-dessus pour aujourd’hui. Merci pour la franchise de ton témoignage, cela m’aide énormément. Ce que tu ressens est très douloureux mais il n’y a aucune fatalité là-dedans. Aide-moi à t’aider et je te garantis que tu vas te sentir mieux très vite. Si tu en es d’accord, on va entreprendre un travail en commun, un chemin de vie en quelque sorte. Il va être jalonné de témoignages, de nouveaux apprentissages, d’outils et de nouveaux rituels que tu te vas devoir mettre en place qui vont se substituer à certaines de tes habitudes nocives.»

«Maintenant travailler ensemble, c’est travailler pendant notre séance hebdomadaire mais surtout entre nos séances. À l’issue de chacune d’elles, je vais te donner un certain nombre de tâches à réaliser, d’actions en tous genres à entreprendre. Je requerrai à chaque fois ton accord et si tu as des difficultés, tu pourras me joindre pendant la semaine. La qualité et la rapidité de ton rétablissement durable dépendent de ta constance et de ton implication. Est-ce que ça te va ?»

«pour l’instant, je te suis. Je m’étonne même de constater que cette simple séance m’a fait du bien. Je n’ai pas l’habitude de m’étendre sur mes problèmes comme tu l’auras compris. Je comprends le rôle qui est le mien ça me fait clairement du bien d’être guidé. J’ai hâte de commencer.»

Les «Homeworks»… le travail entre les séances… Installer des rituels positif…

«Parfait! Premier travail, tu vas répondre à un questionnaire que je vais t’envoyer par mail. Il a pour but de mieux cerner les causes et déclencheurs de ton stress est aussi ses formes d’expression».

«En parallèle, je souhaite que tu opères dès aujourd’hui une «diète médiatique». Jusqu’à notre prochain rendez-vous, plus d’alertes informations sur ton téléphone, plus de journaux télévisés, plus de séries ou de films violents, plus de lectures difficiles ou noires. Tu les substitues à des «feel good movies», des séries humoristiques (il y en a plein, du type «casual»… ), de la musique apaisante ou relaxante, des soirées entre amis et du sport».

«Note sur ton téléphone 3 alertes par jour où tu vas consacrer cinq minutes à ta respiration (matin, midi et soir). Pour cela tu vas télécharger sur ton Smartphone l’application «RespiRelax» qui va te guider dans ces premiers exercices».

«Comme dernier travail, tu vas t’interroger sur la personne que tu devrais être pour ne plus vivre ce que tu subis actuellement. Je t’invite à te munir d’un cahier réservé à notre travail et d’écrire à la main aussi souvent que possible».

«Je te demande de m’envoyer les résultats par mail au maximum 24 heures avant notre prochain rendez-vous et de me faire un SMS de confirmation. C’est bon pour toi ?»

«C’est tout bon, peut-on réserver nos prochains rendez-vous ?»

«Absolument. Si tu as besoin de quoi que ce soit d’ici la semaine prochaine, petit SMS, mail ou coup de téléphone, ok ?»

«Parfait et merci»

Mon ambition est de vous faire partager, pas à pas, l’accompagnement de Philippe, qui m’a donné son autorisation explicite, dans la résolution de son problème de stress chronique et d’anxiété. Je me lance dans l’inconnu car nous débutons notre relation et son problème n’est évidemment pas réglé. Je suis néanmoins absolument convaincu que nous allons en venir à bout. C’est le pari que je prends avec lui et avec vous.

J’évoquerai probablement des éléments très personnels et intimes de la vie de Philippe, aussi, pour le moment, son nom de famille restera confidentiel.

Mercredi 30 novembre 2016, je rencontre Philippe pour la première fois au 25e étage d’une grande tour de la Défense. Il a 48 ans, marié et père de deux enfants, bientôt grand-père pour la première fois. Il est issu d’une famille bourgeoise, parisienne de longue date. Après des études brillantes en France et aux États-Unis, il se destine aux métiers de la finance. Il est aujourd’hui directeur financier d’une filiale française d’un grand groupe américain, géant son secteur. Je lui ai été recommandé par un ancien coaché appartenant au même comité direction …

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